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Éco-conception numérique : définition, RGESN et guide pour les entreprises

Ce que recouvre l'éco-conception numérique, ce que dit la réglementation et comment s'y mettre en entreprise
15 octobre 2026 par
Éco-conception numérique : définition, RGESN et guide pour les entreprises
Positive Company, Gwladys Lecomte

Temps de lecture : 9 min

Ecrit par Gwladys Lecomte

Article publié en 2025, mis à jour en octobre 2026

Chaque page web chargée, chaque application ouverte, chaque fichier stocké sollicite un terminal, un réseau et un centre de données. Pris un par un, ces impacts semblent dérisoires. Cumulés, ils font du numérique un poste d'émissions comparable à celui de secteurs industriels entiers. L'éco-conception numérique répond à cet enjeu dès la conception des services. Ce guide explique ce qu'elle recouvre, ce que dit la réglementation française, comment une entreprise peut s'y mettre concrètement et comment mesurer les résultats.

Qu'est-ce que l'éco-conception numérique ?

Définition

L'éco-conception numérique consiste à réduire l'empreinte environnementale d'un service numérique (site web, application mobile, logiciel, API) sur l'ensemble de son cycle de vie : conception, développement, hébergement, usage et fin de vie. L'objectif est de rendre le même service, ou un meilleur service, avec moins de ressources : moins de données transférées, moins de calcul, moins de stockage et, surtout, des équipements qui durent plus longtemps.

Les trois niveaux sur lesquels elle agit

Un service numérique mobilise trois tiers d'infrastructure. L'éco-conception agit sur les trois à la fois :

  • Le terminal de l'utilisateur (ordinateur, smartphone, tablette, téléviseur) : un service lourd accélère l'obsolescence des appareils les plus anciens.
  • Le réseau : chaque requête et chaque octet transféré consomment de l'énergie.
  • Le centre de données : hébergement, calcul et stockage.

Écoconception produit et éco-conception numérique

L'écoconception s'applique historiquement aux produits physiques : un emballage, un meuble, un vêtement. L'ADEME la définit comme une démarche préventive qui réduit les impacts d'un produit ou d'un service sur l'ensemble de son cycle de vie, tout en conservant ses qualités d'usage. L'éco-conception numérique transpose cette logique aux services numériques : intégrer l'environnement dès la conception plutôt que corriger après coup.

Pourquoi l'éco-conception numérique devient un enjeu d'entreprise

Une empreinte plus lourde qu'on ne le pensait

Selon la mise à jour de l'étude ADEME-Arcep publiée en janvier 2025, le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France en 2022, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2. Cette évaluation intègre désormais les usages français hébergés dans des centres de données situés à l'étranger, ce qui explique la forte hausse par rapport aux estimations précédentes.

PostePart de l'empreinte carbone du numérique (2022)
Terminaux (ordinateurs, smartphones, écrans, téléviseurs)50 %
Centres de données46 %
Réseaux4 %

Une trajectoire à la hausse sans action

Sans changement des usages, l'empreinte carbone du numérique en France pourrait tripler entre 2020 et 2050, et sa consommation d'énergie doubler.

Ce que cela change pour une entreprise

Pour une entreprise, le numérique pèse à deux endroits :

  • Dans son propre bilan carbone : les équipements achetés, les services cloud et l'hébergement entrent dans le scope 3.
  • Dans ce qu'elle produit : un site, une application ou un logiciel conçu pour ses clients génère des émissions chez eux, à chaque utilisation.

Chez Twelve Consulting, cabinet de conseil en transformation digitale, le numérique représentait 16,1 % du bilan carbone en 2021 et 12,1 % en 2022, après une première série d'actions. Pour une entreprise de services, c'est un poste loin d'être marginal.

Le cadre réglementaire en France

La loi REEN (2021)

La loi du 15 novembre 2021 visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique en France (loi REEN) pose le cadre. Elle agit sur la sensibilisation, la lutte contre l'obsolescence des terminaux, les usages et les centres de données. Elle confie aussi à l'Arcep et à l'Arcom la définition d'un référentiel d'écoconception des services numériques : le RGESN.

Le RGESN, référentiel officiel

Le Référentiel général d'écoconception de services numériques (RGESN) a été publié par l'Arcep et l'Arcom en mai 2024, en lien avec l'ADEME. Il regroupe 78 critères répartis en 9 familles : stratégie, spécifications, architecture, UX/UI, contenus, frontend, backend, hébergement et algorithmie.

Il donne aux entreprises une grille commune pour évaluer un service existant ou cadrer un nouveau projet, et pour en rendre compte dans une déclaration d'écoconception.

Le RGESN est-il obligatoire ?

Pour les entreprises privées, le RGESN reste à ce jour un référentiel d'application volontaire. Les obligations visent d'abord le secteur public : depuis le 1er janvier 2025, les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent avoir défini une stratégie numérique responsable.

Le référentiel devient pourtant un argument concret dans les appels d'offres, notamment publics, et un outil utile pour documenter les actions numériques d'une démarche RSE.

Les autres référentiels utiles

  • GR491 (Institut du Numérique Responsable) : un guide de référence pour concevoir des services responsables, au-delà du seul environnement.
  • Les 115 bonnes pratiques d'écoconception web (GreenIT.fr) : une liste opérationnelle, très utilisée par les équipes de développement.
  • Le guide de Designers Éthiques : orienté design et UX.

Éco-conception numérique et numérique responsable : quelle différence ?

Les deux notions sont liées mais n'ont pas la même portée.

  • L'éco-conception numérique est une méthode de conception. Elle porte sur un service précis et vise à réduire son impact environnemental.
  • Le numérique responsable est une démarche globale d'entreprise. Il associe la réduction de l'empreinte environnementale du numérique aux enjeux d'inclusion, d'accessibilité et d'éthique. Il couvre aussi les achats d'équipements, leur durée de vie, les usages des collaborateurs et la fin de vie du matériel.

On parle souvent de trois piliers du numérique responsable : environnemental (réduire l'empreinte), social (inclusion et accessibilité) et éthique (données, transparence, usage raisonné). L'éco-conception numérique relève du premier pilier, mais elle sert aussi le deuxième : un service plus léger fonctionne mieux sur des appareils anciens et des connexions lentes.

7 leviers pour éco-concevoir un service numérique

Infographie : les 7 leviers pour éco-concevoir un service numérique. 1. Questionner le besoin : la fonctionnalité la plus sobre est celle qu'on ne développe pas. 2. Concevoir pour les équipements anciens. 3. Alléger les interfaces : pas de vidéo en lecture automatique, de défilement infini ni d'animation superflue. 4. Optimiser images, code et requêtes. 5. Choisir un hébergement responsable. 6. Gérer le cycle de vie des données. 7. Mesurer, puis recommencer : EcoIndex, grammes de CO2 par visite, conformité au RGESN.
Infographic: 7 levers to eco-design a digital service. 1. Question the need: the most sober feature is the one you never build. 2. Design for older devices. 3. Lighten interfaces: no autoplay videos, infinite scroll or unnecessary animations. 4. Optimize images, code and requests. 5. Choose responsible hosting. 6. Manage the data life cycle. 7. Measure, then start again: EcoIndex, grams of CO2 per visit, RGESN compliance.

1. Questionner le besoin avant de développer

La fonctionnalité la plus sobre est celle qu'on ne développe pas. Avant chaque projet, vérifier qu'elle répond à un besoin réel des utilisateurs. Le RGESN place d'ailleurs la stratégie en tête de ses 9 familles de critères. C'est d'autant plus vrai pour les fonctionnalités d'intelligence artificielle, très gourmandes en calcul.

2. Concevoir pour les équipements anciens

Les terminaux représentent la moitié de l'empreinte du numérique. Un site ou une application qui reste fluide sur un smartphone de 7 ans évite de pousser ses utilisateurs à changer d'appareil.

3. Alléger les interfaces

Supprimer les vidéos en lecture automatique, le défilement infini et les animations superflues. Ces éléments consomment de l'énergie sans apporter de valeur proportionnelle.

4. Optimiser images, code et requêtes

Compresser les images, utiliser des formats légers comme le WebP, limiter le nombre de requêtes et de scripts tiers, alléger le code.

5. Choisir un hébergement responsable

Privilégier un hébergeur qui publie ses indicateurs (efficacité énergétique, origine de l'électricité) et des centres de données proches des utilisateurs.

6. Gérer le cycle de vie des données

Archiver ou supprimer les données obsolètes, dédoublonner les fichiers, limiter les sauvegardes inutiles. Stocker moins, c'est solliciter moins les centres de données.

7. Mesurer, puis recommencer

L'éco-conception est une démarche d'amélioration continue. Mesurer avant et après chaque action permet de prioriser ce qui produit vraiment des résultats.

Comment mesurer l'empreinte d'un site ou d'un service ?

Plusieurs indicateurs permettent de suivre les progrès :

  • L'EcoIndex : il note une page web de A (meilleur score) à G, en fonction du nombre de requêtes, du poids de la page et de la complexité de sa structure. Il est gratuit et facile à suivre dans le temps.
  • Le grammage de CO2 par visite : il traduit le poids d'une page en émissions estimées. C'est l'indicateur le plus parlant pour une direction ou pour un rapport RSE.
  • La conformité au RGESN : un taux de critères respectés, utile pour piloter un projet et en rendre compte.

Cas client : -73 % d'empreinte par visite chez Twelve Consulting

Twelve Consulting, cabinet de transformation digitale de plus de 90 collaborateurs, labellisé 2 étoiles Positive Company® depuis 2023, a fait de la sobriété numérique un axe de sa démarche RSE.

Sur son site web, l'entreprise a supprimé la vidéo lancée automatiquement en page d'accueil, réduit les animations, allégé les images et retravaillé les contrastes pour les personnes malvoyantes et daltoniennes. Résultat : l'EcoIndex est passé d'un score entre E et G à un score entre B et D selon les pages, et l'empreinte d'une visite est passée de 1,53 g de CO2 en 2023 à 0,42 g en 2025, soit une baisse de 73 %.

L'entreprise a aussi agi sur ses équipements : réattribution des ordinateurs, renouvellement après 4 ans seulement, et dons du matériel hors d'usage via Emmaüs Connect.

« Nous sommes convaincus que la sobriété et la simplicité de ces usages est un levier d'adoption et de performance pour nos clients. »
Normann Beck, Senior Manager et Responsable RSE, Twelve Consulting

Intégrer l'éco-conception numérique dans sa démarche RSE

L'éco-conception numérique produit ses meilleurs effets quand elle s'inscrit dans une démarche RSE structurée, avec des objectifs, des indicateurs et un suivi dans le temps. Le numérique touche à la fois l'environnement (empreinte carbone, équipements), le social (accessibilité, inclusion) et les achats (choix des hébergeurs et des prestataires).

Le Label Positive Company®, fondé sur l'ISO 26000, évalue la démarche sur 5 dimensions : activité, gouvernance, social, environnement et sociétal. Les actions de numérique responsable y trouvent naturellement leur place, notamment dans les dimensions environnement (empreinte carbone, durée de vie des équipements) et social (accessibilité, inclusion). Elles deviennent des preuves concrètes et vérifiables, à condition d'être mesurées et documentées, comme l'a fait Twelve Consulting en suivant son EcoIndex et la part du numérique dans son bilan carbone.

Côté communication, la prudence s'impose : depuis le 27 septembre 2026, la directive EmpCo interdit les allégations environnementales génériques non prouvées, comme un « site vert » ou un « numérique neutre en carbone ». Mieux vaut valoriser des résultats mesurés que des promesses.

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Conclusion

L'éco-conception numérique n'est plus un sujet réservé aux équipes techniques. Le numérique pèse 4,4 % de l'empreinte carbone de la France et la fabrication des terminaux en représente une large part : concevoir des services plus sobres, c'est d'abord permettre aux équipements de durer.

Pour une entreprise, la démarche est accessible : questionner le besoin, alléger les services, choisir un hébergement responsable et mesurer les progrès. Le RGESN fournit un cadre commun, même s'il reste volontaire pour le secteur privé.

Les résultats sont concrets et mesurables, comme le montre Twelve Consulting avec une empreinte par visite divisée par plus de trois en deux ans. Intégrées à une démarche RSE structurée, ces actions deviennent des preuves que clients, partenaires et auditeurs peuvent vérifier.

FAQ : l'éco-conception numérique

L'éco-conception numérique consiste à réduire l'empreinte environnementale d'un site, d'une application ou d'un logiciel sur tout son cycle de vie, de la conception à la fin de vie, en rendant le même service avec moins de ressources. Elle agit sur trois niveaux : les terminaux des utilisateurs, les réseaux et les centres de données.

L'ADEME définit l'éco-conception comme une démarche préventive et innovante qui permet de réduire les impacts négatifs d'un produit, d'un service ou d'un bâtiment sur l'environnement sur l'ensemble de son cycle de vie, tout en conservant ses qualités d'usage. Elle s'applique aux produits physiques comme aux services numériques.

Pour les entreprises privées, le RGESN reste à ce jour un référentiel d'application volontaire. Les obligations de la réglementation française visent d'abord les acteurs publics : depuis le 1er janvier 2025, les communes et intercommunalités de plus de 50 000 habitants doivent avoir défini une stratégie numérique responsable. Le RGESN devient néanmoins un atout dans les appels d'offres.

L'éco-conception numérique est une méthode de conception appliquée à un service précis pour réduire son impact environnemental. Le numérique responsable est une démarche globale qui ajoute les enjeux d'inclusion, d'accessibilité et d'éthique, et qui couvre aussi les achats d'équipements, leur durée de vie et les usages des collaborateurs.

Deux lois structurent le cadre français. La loi REEN du 15 novembre 2021 vise à réduire l'empreinte environnementale du numérique et prévoit le RGESN. La loi du 23 décembre 2021 renforce la régulation environnementale du numérique par l'Arcep et impose aux grandes collectivités une stratégie numérique responsable.

Le numérique représente 4,4 % de l'empreinte carbone de la France en 2022, soit 29,5 millions de tonnes équivalent CO2, selon l'étude ADEME-Arcep mise à jour en janvier 2025. Les terminaux en représentent 50 %, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %.

L'écologie numérique, ou sobriété numérique, désigne l'ensemble des pratiques qui visent à réduire l'impact environnemental du numérique : éco-conception des services, allongement de la durée de vie des équipements et usages plus raisonnés.

🔗Sources :

Société à mission : définition, statut et comment le devenir