Temps de lecture : 6 minutes
Ecrit par Matthieu Bruneau de la Salle
📌 Les points à retenir
- Les acheteurs sont de plus en plus pilotés sur le coût global, intégrant qualité, risques, délais et RSE, plutôt que sur le seul prix d’achat.
- La RSE est désormais bien identifiée dans les pratiques Achats, mais son intégration dans les objectifs et dispositifs d’incentive reste encore incomplète.
- La maîtrise des risques fournisseurs et la sécurisation des approvisionnements deviennent des dimensions centrales du métier.
- L’intelligence artificielle s’impose rapidement dans les usages, avec un besoin important de formation, de gouvernance et d’accompagnement.
- Les Achats gagnent en importance stratégique, mais doivent encore renforcer leur reconnaissance interne pour peser pleinement sur la transformation des chaînes de valeur.
Le Sondage OpinionWay pour le CNA 2026, commandé par le Conseil National des Achats pour contribuer à préparer « l’acheteur de demain », dresse le portrait d’une fonction Achats de plus en plus exposée aux enjeux de risque, de RSE, de résilience, et d’évolutions technologiques. Le prix reste un sujet central, mais il ne suffit plus à définir la performance achats responsables.
Pendant longtemps, le métier d’acheteur a été résumé à une équation simple : négocier mieux, acheter moins cher. Cette vision reste présente, mais elle ne correspond plus à la réalité du terrain, l’acheteur devient un « pilote de flux complexes »
Le Sondage OpinionWay pour le CNA vise à comprendre comment les professionnels des Achats naviguent entre pression économique, exigences de compétitivité, décarbonation, gestion des risques, innovation et transformation numérique. L’ambition du CNA est de contribuer à définir le modèle de « l’acheteur augmenté » et de préparer l’évolution du métier à l’horizon 2030.
L’enquête a été menée auprès de 353 membres du CNA exerçant ou ayant exercé le métier d’acheteur, entre février et avril 2026. Elle ne vise pas à représenter l’ensemble de la profession en France, mais donne une photographie utile des évolutions à l’œuvre dans les entreprises.
Coût global et achats responsables : comment les acheteurs sont-ils évalués en 2026 ?
Le résultat le plus marquant du Sondage OpinionWay pour le CNA est sans doute l’évolution des objectifs fixés aux acheteurs. Près de trois quarts des répondants, 74 %, indiquent être évalués sur une logique de coût global, qui combine le prix, la qualité, les délais, les risques ou encore la RSE. Seuls 16 % déclarent avoir des objectifs principalement centrés sur le prix d’achat.
Ce chiffre traduit une évolution importante. Dans un contexte marqué par les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, les dépendances critiques et la multiplication des obligations de vigilance, la décision d’achat ne peut plus être réduite à une comparaison tarifaire.
Un fournisseur moins cher peut aussi être plus fragile, plus exposé à des risques sociaux ou environnementaux, ou moins capable d’accompagner l’entreprise dans ses objectifs de transition. Cette évolution est structurante : elle rapproche les achats responsables de la logique de gestion des risques et de création de valeur pour l’entreprise, plutôt que d’une simple démarche de conformité.
Intégration de la RSE aux achats : entre pratique et pilotage
Les enjeux RSE semblent désormais relativement bien installés dans le périmètre des acheteurs. Selon le Sondage OpinionWay pour le CNA, 76 % des répondants se déclarent formés et acteurs sur le sujet de l’intégration de la RSE aux achats.
La donnée mérite toutefois d’être nuancée. La RSE est moins fréquemment intégrée dans les objectifs ou les dispositifs d’incentive que la performance financière : 63 % des acheteurs déclarent être objectivés ou incentivés sur la RSE, contre 83 % pour la performance financière des Achats.
Autrement dit, le sujet est reconnu et compris, mais il n’est pas encore systématiquement traduit dans les outils de pilotage. Or c’est souvent là que se joue le passage d’une ambition affichée à une pratique durable : critères de sélection des fournisseurs, pondération des appels d’offres, suivi des évaluations, plans de progrès, objectifs partagés avec les métiers et reporting à la direction.
Risques fournisseurs et achats
responsables : des sujets désormais indissociables
Le management des risques est l’un des domaines les mieux maîtrisés par les acheteurs interrogés : 82 % se disent formés et acteurs sur ce sujet. La sécurisation des approvisionnements arrive également à un niveau élevé, avec 75 % de répondants déclarant maîtriser le sujet.
Cette montée en puissance est cohérente avec les préoccupations actuelles des entreprises. Les risques fournisseurs ne sont plus seulement financiers ou opérationnels. Ils concernent aussi les droits humains, les conditions de travail, l’environnement, la corruption, la conformité réglementaire ou la dépendance à certains territoires et matières premières.
Dans ce contexte, les achats responsables prennent une dimension plus concrète. Ils ne consistent pas uniquement à demander des engagements RSE aux fournisseurs, mais à mieux connaître leur niveau de maturité grâce à une évaluation RSE structurée, identifier les zones de vulnérabilité et organiser, lorsque c’est nécessaire, une démarche de progrès.
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Le Sondage OpinionWay pour le CNA met également en lumière un décalage autour de l’intelligence artificielle. Seuls 51 % des acheteurs interrogés se considèrent formés à l’usage de l’IA. Ils ne sont que 26 % à indiquer que le sujet est intégré dans leurs objectifs ou leur système d’incentive.
Pourtant, 90 % déclarent déjà utiliser des outils d’intelligence artificielle dans leur activité, et 63 % y ont recours au moins une fois par semaine.
L’IA semble donc s’être installée dans les pratiques avant même que les organisations aient défini un cadre clair. Pour les professionnels de la RSE, ce constat appelle à la vigilance : l’automatisation peut faciliter l’analyse documentaire, la qualification de données fournisseurs ou l’identification de risques, mais elle ne dispense ni d’un contrôle humain ni d’une réflexion sur la qualité, la confidentialité et la traçabilité des informations utilisées.
La fonction Achats au Codir : enjeu clé pour la RSE
Les acheteurs eux-mêmes ne doutent pas de la valeur de leur métier : 99 % le considèrent comme essentiel et 97 % comme stratégique. Dans les entreprises, la situation est plus nuancée.
La fonction Achats est représentée au Codir ou au Comex dans 50 % des organisations interrogées. Dans 39 % des cas, elle est considérée comme en montée en puissance, mais pas encore pleinement stratégique. Son image interne obtient une note moyenne de 6,6 sur 10. Dans les entreprises où les Achats n’occupent pas de place stratégique, cette note tombe à 4,9 sur 10.
Ce point est important pour les démarches RSE. Tant que les Achats restent perçus comme une fonction chargée avant tout de négocier ou de passer des commandes, leur capacité à peser sur la stratégie reste limitée. À l’inverse, lorsqu’ils sont associés aux décisions de gouvernance, ils peuvent devenir un relais concret des engagements sociaux, environnementaux et éthiques de l’entreprise.
Satisfaction et mobilité des acheteurs : les chiffres 2026
Le métier conserve une forte capacité d’attraction. La satisfaction moyenne atteint 7,8 sur 10, 96 % des répondants se disent fiers de leur métier et 93 % le recommanderaient à un étudiant.
Cette satisfaction ne garantit néanmoins pas la fidélité à l’entreprise : 41 % des répondants envisagent de quitter leur organisation dans les deux prochaines années, tandis que 20 % pensent à changer de métier.
Le signal est clair : les acheteurs ne cherchent pas seulement de meilleures conditions de travail ou de rémunération, ils recherchent aussi des missions utiles, une reconnaissance réelle, des marges de manœuvre et la possibilité de contribuer à des enjeux qui dépassent la seule négociation.
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Conclusion : Ce que le sondage CNA 2026 dit des achats responsables
Le Sondage OpinionWay pour le CNA confirme une évolution de fond : les achats responsables ne sont plus un sujet périphérique, réservé aux entreprises les plus avancées ou aux directions RSE.
Ils deviennent progressivement une composante du métier d’acheteur. La question n’est plus seulement de savoir si les entreprises doivent intégrer des critères RSE dans leurs achats, mais comment elles les traduisent concrètement dans leurs objectifs, leurs décisions et leur relation avec les fournisseurs.
Cette évolution devra toutefois composer avec une autre priorité forte : l’intelligence artificielle, dont l’adoption rapide et les besoins d’accompagnement mobilisent déjà fortement les organisations.
Dans un contexte où les entreprises arbitrent leurs budgets, leurs investissements et le temps de leurs équipes, l’IA peut capter une part croissante des ressources disponibles. L’enjeu sera donc de veiller à ce que cette montée en puissance ne ralentisse pas les progrès engagés sur la RSE, alors même que celle-ci reste un levier de maîtrise des risques, de résilience et de performance durable.
Le défi des prochaines années sera donc de faire converger les indicateurs financiers, les enjeux de résilience et les objectifs de durabilité. C’est à cette condition que les Achats pourront pleinement jouer leur rôle dans la transformation des chaînes de valeur.
❓ FAQ
76 % des acheteurs interrogés se déclarent formés et acteurs sur l'intégration de la RSE aux achats. Mais seulement 63 % sont objectivés ou incentivés sur ce sujet, contre 83 % pour la performance financière. La RSE est reconnue dans les pratiques, mais pas encore systématiquement traduite dans les outils de pilotage. (Source : Sondage OpinionWay pour le CNA, 353 membres, février-avril 2026)
74 % des répondants sont évalués sur une logique de coût global, intégrant prix, qualité, délais, risques et RSE. Seuls 16 % ont des objectifs principalement centrés sur le prix d'achat. Le coût global s'impose comme le nouveau standard de la performance Achats. (Source : Sondage OpinionWay pour le CNA, 2026)
C'est l'un des domaines les mieux maîtrisés : 82 % des acheteurs interrogés se disent formés et acteurs sur la gestion des risques fournisseurs, et 75 % maîtrisent la sécurisation des approvisionnements. Les risques couverts vont désormais au-delà du financier et de l'opérationnel — ils incluent les droits humains, l'environnement et la conformité réglementaire.
(Source : Sondage OpinionWay pour le CNA, 2026)
90 % des acheteurs interrogés utilisent déjà des outils d'IA, mais seulement 51 % se considèrent formés sur le sujet et 26 % y sont objectivés. L'IA peut faciliter l'analyse documentaire et la qualification des données fournisseurs, mais ne dispense pas d'un contrôle humain ni d'une réflexion sur la traçabilité des informations utilisées. (Source : Sondage OpinionWay pour le CNA, 2026)
Tant que les Achats restent perçus comme une fonction de négociation, leur capacité à peser sur la stratégie RSE reste limitée. Selon le sondage, la fonction est représentée au Codir ou au Comex dans seulement 50 % des organisations. Son image interne obtient une note moyenne de 6,6/10 — qui tombe à 4,9/10 dans les entreprises où elle n'est pas stratégique. (Source : Sondage OpinionWay pour le CNA, 2026)
🔗 Sources
- Sondage OpinionWay pour le CNA, « Cartographie des acheteurs », avril 2026. Enquête en ligne menée auprès de 353 membres du CNA entre le 19 février et le 7 avril 2026.