RSE et Tourisme

Quels enjeux et solutions ?

Quels sont les enjeux RSE du Tourisme et leurs solutions ?


Le tourisme fait face à de nombreux enjeux RSE autant environnementaux que sociaux et est de plus en plus contesté. Quelles sont les solutions pour passer d’un tourisme de masse et polluant à un tourisme durable et équitable ?

Les chiffres clefs du tourisme

Après une baisse radicale des flux touristiques pendant la pandémie, le tourisme reprend doucement et ses impacts négatifs avec. D’après l’Organisme Mondial du Tourisme, en 2021, le tourisme a progressé de 4% par rapport à 2020 dans le monde (415 millions contre 400 millions). En revanche, les arrivées touristes internationaux (visiteurs qui passent la nuit) restent inférieures de 72% à celles de 2019.

D’un point de vue économique, le chiffre d’affaires du tourisme mondial s’élève à 700 milliards de dollars en 2021 selon l’OMT. En France, le tourisme représente 7% du PIB et 2 millions d’emplois directs et indirects (ADEME).

C’est donc un secteur à ne pas négliger, ayant à la fois des impacts positifs et négatifs dans le monde. En effet, le tourisme représente jusqu’à 25% du PIB de certains pays en développement. Parmi les 13 pays regroupant 80% des personnes les plus pauvres, 10 d’entre eux possèdent une industrie touristique importante selon l’économiste Bernard Schéou.

Une réglementation de plus en plus exigeante


Afin de faire avancer le secteur du tourisme vers une transition écologique et solidaire, de nombreuses réglementations voient le jour. Par exemple, la RT 2020 (aussi appelée Réglementation Environnementale, RE 2020) est une nouvelle norme qui s’applique à toutes les constructions neuves. La RT 2020 prévoit des « Bâtiment à Energie Positive » (BEPOS), contrairement à la RT 2012, qui prévoyait le Bâtiment de Basse Consommation (BBC). Cela signifie qu’une construction neuve doit produire plus d'énergie qu'elle n'en consomme et être ainsi autosuffisante en énergie, notamment grâce à une centrale photovoltaïque.

Le décret tertiaire dit « dispositif éco-énergie tertiaire » impose, lui, de réduire les consommations énergétiques des bâtiments tertiaires de :

• 40% d’ici 2030
• 50% d’ici 2040
• 60% d’ici 2050

Le non-respect de ce décret entraine des risques multiples pour les établissements hôteliers comme une première sanction financière de 7 500€ par établissement ou encore une mauvaise réputation avec un système de « Name&Shame ». En effet, l’Etat français recense sur un site les établissements assujettis n’ayant pas atteint leurs objectifs. Cela peut avoir un impact sur la perception des clients ou des investisseurs.
 

Quels sont les principaux enjeux environnementaux du Tourisme ?


Regroupant différents types d’activité comme l’hébergement, la restauration ou encore les transports, le tourisme émet une quantité non négligeable d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Il représente 8 % des émissions mondiales de CO2 (étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Sydney en 2018). En France, le secteur du tourisme représente 11 % des émissions de GES, soit 118 millions de tonnes équivalent CO2 par an (2021, ADEME). 

Parmi ses émissions, ¾ proviennent de la mobilité en France. Le trajet pour se rendre sur place (ainsi que le retour) est ce qui émet le plus de GES, car il est souvent réalisé en avion.


Source : ADEME

De plus, la restauration correspond, en moyenne, à 80% de l’empreinte écologique sur la biodiversité dans un hôtel. Elle représente entre 10% et 25% de la consommation d’énergie, soit la deuxième source de consommation après le chauffage et la ventilation des chambres. La restauration dans le tourisme induit du gaspillage alimentaire qui représente, en France, 10 millions de tonnes de produits par an.

La gestion des déchets est en effet un enjeu important du secteur du tourisme : chaque couvert créerait en moyenne 0,2 kg de déchets. En 2018, sur l’île de Boracay, aux Philippines, les responsables locaux n’ont pas eu d’autre choix que de fermer l’île pendant 6 mois. Ce coin de terre paradisiaque, prisé des touristes, s’était progressivement transformé en déchetterie à ciel ouvert.

Toutes ces émissions de GES et pollutions font pression sur la biodiversité locale. De plus, des zones sauvages sont souvent détruites pour la construction de complexes hôteliers. Les endroits touristiques attirent énormément de monde, et la présence des touristes peut perturber le rythme biologique de certaines espèces.

Quels enjeux sociaux/sociétaux pour le Tourisme ?


Au-delà d’enjeux environnementaux, le tourisme doit faire face à de nombreux enjeux sociaux et sociétaux. En effet, le tourisme peut être une source de revenus dans les pays en développement, mais aussi source d’inégalités sociales. Comme nous le rappelle Bernard Schéou : « Dans les pays les plus pauvres, le tourisme va donner lieu à une alliance entre les élites locales et les investisseurs étrangers, qui seront les principaux bénéficiaires ». 

De plus, le tourisme peut s’accompagner de préjudices pour les populations locales. Par exemple, on voit souvent une « folklorisation » de la culture locale, marquée par la mise en scène des traditions, pour permettre aux touristes de retourner chez eux avec quelques selfies. "C'est comme si le pays se transformait en parc d’attraction”, déplore Caroline Mignon, directrice de l’Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire (ATES). Un autre exemple frappant est celui des slum tour, les visites des bidonvilles, qui font plus penser à du voyeurisme qu’à un réellement intéressement pour la culture locale.

Les conditions de travail d’une partie du secteur sont également nécessaires, même en France. En effet, les saisonniers vivent en constante instabilité financière. Selon l’enquête du journal Hôtellerie Restauration, 70 % des employés du CHR (Café/ Hôtel/ Restaurant) estiment qu’une revalorisation des salaires est nécessaire. Ensuite, ils estiment que le paiement de toutes les heures supplémentaires (50 %) est important, puis ne plus travailler en coupure (42 %). 

Cela dessert les recrutements et la rétention de talents, plus difficile depuis la pandémie. En effet, entre 200 000 et 300 000 postes étaient vacants cet été selon l’UMIH, l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie.

Des solutions du côté environnemental


De nombreuses solutions existent pour rendre le tourisme plus durable sans pour autant se priver de découvrir de nouvelles cultures. L’enjeux principal étant sur la mobilité, les touristes peuvent opter pour un des modes de transport plus durables. Notamment, remplacer l’avion par le train aurait un réel impact positif sur les émissions de GES. Cela vaut autant pour les voyages personnels que pour les voyages d’affaires. Les agences de voyages peuvent aussi proposer des itinéraires plutôt en train qu’en avion, et plus proches. Les complexes hôteliers peuvent quant à eux faciliter les déplacements par des transports en commun jusqu’à la destination. Un exemple concret d’un tourisme alliant mobilité durable et vacances est l’initiative Escapade nature sans voiture des Grands sites de France. Il s’agit de courts séjours de 2 ou 3 jours sur un Grand Site (un lieu d’intérêt français), testé et réalisé sans voiture depuis son domicile, y compris pour l’accès au site.

Ensuite, en tant qu’établissements hôteliers, il est nécessaire d’aller vers des hébergements durables. En effet, les nouveaux bâtiments doivent être efficient en énergie, en eau, construits avec des matières premières durables en circuits courts. Les hôtels devraient aussi mettre en place une stratégie de gestion de leurs déchets. En commençant par le tri des déchets, cela peut aussi passer par revaloriser leurs déchets organiques (compost…) et participer à l’économie circulaire locale. 

En amont, pour réduire leurs déchets, ils peuvent mettre en place une politique zéro plastique à usage unique et gérer leur gaspillage alimentaire. En effet, une étude avance qu’un hôtel économise sept dollars pour chaque dollar investi dans la réduction du gaspillage alimentaire.

En tant qu’agence de voyage, il est important de montrer l’exemple en sélectionnant des partenaires engagés dans des pratiques d’hébergement, de restauration, de gestion des déchets et de mobilité durables.

Et du point de vue social et sociétal ?


D’un point de vue social/sociétal, le tourisme peut avoir des impacts positifs s’il est pensé de manière durable. En tant qu’agence de voyage, il est important de sélectionner des entreprises du secteur touristique ayant une politique RH développée et des pratiques commerciales équitables. Par exemple, des organismes touristiques qui impliquent les populations locales dans le processus économique et de création de valeur. Cela passe aussi par des conditions de travail équitables et des actions en faveur des groupes sociaux les plus défavorisés.


Un exemple de tourisme durable est le tourisme social et solidaire. En France, le concept de tourisme social et solidaire désigne « l’ensemble des structures à but non lucratif qui se mobilisent pour rendre effectif le droit aux vacances (associations, fondations, coopératives, entreprises commerciales de l’ESS) » (Avise, 2021). Ce type de de tourisme met l’accent sur l’accessibilité aux vacances à tous les publics : personnes en situation de handicap, publics fragilisés, familles à faibles revenus, seniors… 


Le tourisme social et solidaire représentait 1 600 établissements en France, qui accueillaient 5,3 millions de vacanciers pour 19,3 millions de nuitées en 2018. (Avise, 2021)


Un autre exemple du tourisme durable est l’Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire (ATES) qui réinvestit une partie du prix des voyages directement dans les destinations. Chaque séjour finance à hauteur de 2 à 6% un fonds de développement dédié au pays visité. 


Sources : 

https://extendam.com/wp-content/uploads/2022/03/Tourisme-Durable-RSE-La-Fabrique-du-Tourisme-2022-LD.pdf 
https://www.territoires-climat.ademe.fr/ressource/517-159 
https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/4688-bilan-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-du-secteur-du-tourisme-en-france.html 
https://www.avise.org/articles/tourisme-social-et-solidaire-de-quoi-parle-t-on 
https://www.letemps.ch/economie/linaction-climatique-coute-plus-cher-prise-mesures-fortes#:~:text=Des%20in%C3%A9galit%C3%A9s%20exacerb%C3%A9es-,Si%20le%20rythme%20actuel%20du%20r%C3%A9chauffement%20climatique%20se%20poursuit%2C%20les,des%20%C3%A9conomistes%20interrog%C3%A9s%20dans%20l 
https://www.lhotellerie-restauration.fr/journal/salon-concours-syndicat-association/2021-10/attractivite-enquete-le-salaire-critere-d-attractivite-principal-pour-les-deux-tiers-des-employes.htm 
https://www.avise.org/articles/le-secteur-du-tourisme-social-et-solidaire-en-france 
https://www.unwto.org/fr/taxonomy/term/347 
https://www.pourleco.com/monde/tourisme-de-masse-quel-avenir 
https://mogoonthego.com/index.php/2021/12/15/bilan-tourisme-2021/ 
https://www.greenlodgingnews.com/new-research-finds-hotels-saved-7-for-every-1-invested-in-reducing-food-waste/
https://www.tourisme-equitable.org/





Nouvelles réglementations RSE
ce qui change au 1er janvier 2023