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Ecrit par Isabelle Frey - Article publié en janvier 2023, mis à jour en juillet 2026
📌 Les points à retenir
- RSE (France/Europe) et CSR (États-Unis) désignent le même concept : la responsabilité de l'entreprise vis-à-vis de la société et de l'environnement.
- La grande différence tient au cadre réglementaire : l'Europe tend vers des obligations de transparence et de diligence ; les États-Unis vers des approches plus volontaires et fragmentées.
- En 2025, les évolutions sont majeures des deux côtés : l'UE simplifie son calendrier CSRD, tandis que la SEC a abandonné sa règle de reporting climat en mars 2025.
- En pratique, de nombreuses entreprises internationales déploient une démarche ESG commune ; car leurs clients, investisseurs et marchés l'exigent, notamment en Europe.
RSE, CSR, ESG : des définitions simples
RSE / CSR : la démarche
RSE est le terme courant en France et en Europe (Responsabilité Sociétale des Entreprises). CSR (Corporate Social Responsibility) est le terme dominant aux États-Unis, popularisé dès 1953 par Howard Bowen (Social Responsibilities of the Businessman, University of Iowa Press, 1953).
C'est la démarche : ce que l'entreprise décide de faire en matière de priorités, plan d'action, gouvernance et gestion de ses impacts.
ESG : la grille de mesure
ESG (Environnement, Social, Gouvernance) est la grille de lecture qui permet de structurer les enjeux, mesurer des indicateurs, rapporter et comparer les performances.
Règle pratique : RSE/CSR = le "quoi, pourquoi, comment" ; ESG = le "comment on prouve".
Pourquoi la RSE n'a pas le même visage en Europe et aux États-Unis ?
Pour comprendre la RSE aux États-Unis, nous devons nous intéresser à la relation des américains avec les entreprises. La culture anglo-saxonne et en particulier les américains, ont une admiration pour le self-made men. Cette fascination facilite la confiance qu'ont les américains dans les entreprises. A l’inverse, en France, les français ont une plus grande méfiance par rapport aux entreprises.
Ce rapport à l’entreprise explique en partie pourquoi la RSE est abordée de manière différente d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, la RSE n’est pas un sujet de société, les réglementations sont moins importantes et moins contraignantes. Le simple fait de créer de la richesse est considéré comme une contribution au développement de la société. Dans ce pays, lorsqu'une entreprise aborde une démarche RSE, cela provient donc davantage d’une volonté individuelle, notamment celle des entrepreneurs qui y ont vu une valeur ajoutée.
Une des entreprises américaines les plus emblématiques concernant ses engagements environnementaux est la marque de vêtements Patagonia. En effet, le fondateur Yvon Chouinard a marqué 2022, en offrant 100% du capital de l’entreprise à des structures en charge de la protection de la planète. Cette démarche reflète bien la volonté individuelle et personnelle du fondateur d’agir et de transformer l’impact de son entreprise.
Parties prenantes : qui compte vraiment ?
Aux États-Unis, l'attention a longtemps été concentrée sur les actionnaires et les consommateurs — via la pression du marché, la réputation et le risque juridique.
En France et en Europe, l'approche "parties prenantes" est généralement plus large : salariés, fournisseurs, territoires, société civile.
Régulation : soft law vs hard law
L'Europe a une tradition de cadres contraignants, standards communs et obligations de transparence. Les États-Unis privilégient les approches volontaires, avec des exigences réglementaires variables selon les États.
Ce contraste reste structurant, même si les deux zones connaissent des évolutions importantes depuis 2024.
Le manque de régulations s’explique par la faible ingérence de l’Etat dans le système économique américain. L’intervention des pouvoirs publics dans l’économie est très mal perçue par les américains. C’est donc aux entreprises de décider de leurs projets sociaux, environnementaux et sociétaux, elles sont libres d’utiliser comme elles l’entendent et ont la liberté de mettre en place des projets RSE ou non. Il est ainsi considéré que les entreprises, au même titre que les individus, sont responsables de leurs actions et doivent ou non mettre en place des actions responsables. En général, la RSE est principalement une initiative volontaire motivée par le désir des entreprises d'améliorer leur réputation et d'attirer des consommateurs socialement responsables. L’implémentation de démarches RSE peut également provenir des pressions exercées de la part des actionnaires ou des consommateurs. Un parfait exemple est BlackRock, un des investisseurs américains les plus influents de la planète, qui a fait savoir à ses clients en 2018, qu’ils ne pourront plus se contenter de faire uniquement des bénéfices mais qu’ils devront également contribuer à la société, s’ils veulent continuer de bénéficier du soutien du groupe.
Toutefois, le fait que les entreprises ne soient pas contraintes par des régulations strictes comme en France, leur permet d’avoir une plus grande marge de manœuvre. Elles sont libres de choisir leur champ de bataille et ont souvent leurs projets portés par le volontariat des employés, ce qui peut faire avancer les projets plus loin qu’en France.
Les entreprises agissent ainsi de leur côté, sans efforts collectifs structurés et alignés dans la même direction, réduisant en conséquence l’impact sociétal de leurs projets. Sans un cadre déterminé, sans contrainte de la part des consommateurs ou sans reconnaissance du bénéfice apporté par les démarches RSE, beaucoup d’entreprises américaines ne changeront pas pour le moment leur modèle d’affaires.
Europe : la montée en puissance ESG… et la phase de simplification (2025–2026)
CSRD et ESRS : le reporting durabilité en recomposition
La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) encadre le reporting durabilité en Europe, appuyée sur les standards ESRS (European Sustainability Reporting Standards), adoptés via acte délégué (EUR-Lex, premier set).
Ce qui a changé récemment : l'UE a engagé un mécanisme dit "stop-the-clock" et un paquet de simplification/compétitivité, avec des reports de calendrier et un resserrement du périmètre de certaines obligations. (Source : Conseil de l'Union européenne, 2025 ; Reuters, 2025)
Le fond reste : la demande de transparence ESG est maintenue. C'est le rythme et le scope qui évoluent.
CS3D : le devoir de vigilance européen adopté en 2024
La directive européenne sur le devoir de vigilance — CS3D, Directive (UE) 2024/1760 — a été adoptée en mai 2024. Son périmètre a été significativement réduit par rapport à la proposition initiale de 2022.
Elle impose aux grandes entreprises concernées un processus de diligence raisonnable pour identifier et prévenir leurs impacts sur les droits humains et l'environnement dans leur chaîne de valeur. (Source : EUR-Lex, Directive 2024/1760)
En France, ce cadre s'articule avec la loi sur le devoir de vigilance, adoptée dès 2017 (Légifrance, texte officiel).
États-Unis : un cadre ESG plus disputé au niveau fédéral, plus actif au niveau des États
SEC : la règle climat abandonnée en 2025
La SEC avait adopté en mars 2024 une règle imposant aux entreprises cotées de publier leurs données climatiques dans leurs rapports financiers. Immédiatement contestée en justice, cette règle a été suspendue. Le 27 mars 2025, la SEC a voté la fin de sa défense en justice — abandonnant de fait l'obligation fédérale de reporting climat. (Source : SEC.gov, 2025)
Conséquence directe : les entreprises américaines ne peuvent pas s'appuyer sur un cadre fédéral unique en matière de reporting ESG. Elles s'alignent sur les exigences de leurs clients et investisseurs, et sur les obligations des marchés où elles opèrent — notamment l'UE.
Californie : des lois climat majeures, un calendrier mouvant
La Californie fait exception au niveau des États fédérés. Les lois SB 253 et SB 261 imposent des obligations de reporting climat aux grandes entreprises opérant dans l'État. Ces lois ont connu des rebondissements judiciaires en 2024–2025, mais l'autorité compétente (CARB) avance sur les textes d'application. (Source : AP News ; Deloitte Dart, 2025)
Le "S" (Social) : un contraste visible dans le droit du travail
Deux repères concrets :
- Aux États-Unis, le principe d'employment-at-will est le standard : la relation de travail peut être rompue par l'une ou l'autre partie "à tout moment", sauf exceptions liées à la discrimination. Le droit fédéral (FLSA) n'impose pas le paiement de congés ou jours fériés non travaillés : c'est largement contractuel. (Sources : Legal Information Institute ; Department of Labor)
- En France, la règle générale est de 30 jours ouvrables de congés payés par an (5 semaines) pour une année complète. (Source : Service-Public.fr)
Pour résumer, la RSE est abordée de manière assez différente aux États-Unis et en France. La vision de l'entreprise, les parties prenantes et les régulations expliquent pourquoi les entreprises françaises sont davantage engagées sur ces sujets, là où les entreprises américaines, partant d’une initiative volontaire et ayant une plus grande liberté, peuvent aborder ces sujets de manière plus innovante.
Prouver sa démarche : ISO 26000, labels et notations
ISO 26000 : le cadre de référence international
L'ISO 26000 fournit des lignes directrices pour intégrer la responsabilité sociétale dans la stratégie et les pratiques de l'organisation. Ce n'est pas une norme certifiable : c'est un guide structurant. (Source : ISO.org)
B Corp : ce que le lecteur doit savoir
La certification B Corp repose sur un score minimum de 80 au B Impact Assessment, une recertification tous les 3 ans, et des exigences de maintien publiées par B Lab. Le référentiel évolue régulièrement. (Source : bcorporation.net)
Label Positive Company® : une approche européenne graduée
Le Label Positive Company® est un label RSE français structuré autour de l'ISO 26000. Il permet à une entreprise de faire évaluer et reconnaître sa démarche RSE, avec un référentiel gradué selon la taille et la maturité de l'organisation.
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Découvrir Scoring by Positive®❓ FAQ - RSE / CSR
C'est le même concept — la responsabilité de l'entreprise vis-à-vis de la société et de l'environnement — avec des cultures et des cadres réglementaires différents. L'Europe tend vers une approche plus harmonisée et contraignante ; les États-Unis vers des approches plus fragmentées et volontaires.
Cela dépend du pays, de la taille, du secteur et du marché. En Europe, des obligations existent via la CSRD et les ESRS, avec des ajustements récents sur le calendrier et le périmètre. Aux États-Unis, il n'existe plus de règle fédérale de reporting climat depuis l'abandon de la règle SEC le 27 mars 2025. (Source : SEC.gov, 2025)
La CSRD porte sur le reporting : transparence, données, publication. Le devoir de vigilance — loi française de 2017 et directive CS3D (Directive UE 2024/1760) — porte sur les processus : identifier et prévenir les impacts sur les droits humains et l'environnement dans la chaîne de valeur.
Parce que la pression vient aussi de leurs clients, de leurs investisseurs et des marchés internationaux. Les entreprises qui vendent ou opèrent en Europe doivent se conformer aux obligations européennes (CSRD, CS3D). Des cadres internationaux comme l'ISSB (International Sustainability Standards Board) structurent par ailleurs une convergence progressive des standards. (Source : SEC.gov ; IFRS Foundation / ISSB)
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🔗 Sources :
- Bowen, H. (1953). Social Responsibilities of the Businessman. University of Iowa Press.
- SEC.gov (27 mars 2025). Vote de la SEC sur la fin de la défense de la règle climat.
- EUR-Lex. Directive (UE) 2024/1760 — devoir de vigilance (CS3D).
- EUR-Lex. CSRD et ESRS — acte délégué, premier set.
- Conseil de l'Union européenne (2025). Paquet de simplification / "stop-the-clock".
- Légifrance (2017). Loi sur le devoir de vigilance.
- ISO.org. ISO 26000 — Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale.
- B Lab. B Corp Certification Requirements. bcorporation.net.
- Department of Labor (DOL). Fair Labor Standards Act (FLSA).
- Legal Information Institute. Employment-at-will.
- Service-Public.fr. Congés payés.
- AP News / Deloitte Dart (2025). California SB 253 / SB 261.
- IFRS Foundation. ISSB — International Sustainability Standards Board.